Accéder au contenu principal

Programme de Prévention des Mauvais Traitements D’Ordre Sexuel : Questions et Réponses avec Noni Classen

La rédaction des Nouvelles de l’Ordre s’est entretenue avec Noni Classen, directrice de l’éducation du Centre canadien de protection de l’enfance (CCPE), au sujet des nombreux atouts de son programme de prévention des mauvais traitements d’ordre sexuel. Le CCPE et l’Ordre travaillent ensemble afin d’adapter ce programme pour les pédagogues. Cette formation obligatoire sera offerte en ligne dès le 1er janvier 2022 et les membres auront jusqu’au 31 aout 2022 pour la suivre.

Pour en savoir plus sur le CCPE et ses initiatives, nous vous invitons à consulter le site web de l’organisme à protectchildren.ca/fr.

Quels avantages les enseignantes et enseignants tireront-ils de ce programme?

Noni Classen : Cette formation fait partie d’un processus de collaboration entre l’Ordre et le CCPE visant à renforcer la capacité des membres du personnel enseignant à protéger les enfants dont ils ont la charge et à réduire le risque de maltraitance infantile d’ordre sexuel au sein des communautés et des écoles. Les enseignantes et enseignants occupent un poste de confiance unique en son genre et ils tissent chaque jour des liens authentiques et significatifs avec leurs élèves. Le programme explique comment reconnaitre les signes indiquant qu’un élève pourrait avoir besoin d’aide ou être en détresse, et fournit les outils nécessaires pour offrir soutien et protection. Il aide également les enseignantes et enseignants à saisir l’importance des limites professionnelles, propose une norme de mesure pour avoir des interactions saines avec les élèves et les encourage à faire part de leurs préoccupations s’ils sont témoins de transgressions des limites entre un adulte et un élève.

En quoi ce programme est-il différent des autres ressources disponibles?

Noni Classen : Les pédagogues reçoivent déjà des renseignements et de la formation sur la protection de l’enfance, par exemple sur le devoir de signaler. Ce programme est plutôt conçu pour les aider à reconnaitre les signes de mauvais traitements d’ordre sexuel infligés aux élèves et à réagir de façon appropriée, et à réduire le risque que cela se produise. Il aborde ce qui constitue de mauvais traitements d’ordre sexuel sur un enfant, le pédopiégeage, la marche à suivre en cas de divulgation, les effets des mauvais traitements, et l’importance d’avoir des relations professionnelles saines pour protéger les élèves.

Pourquoi des relations professionnelles saines sont-elles si importantes?

Noni Classen : Les pédagogues jouent un rôle essentiel dans les communautés qui favorisent des relations étroites et attentionnées avec les enfants, ce qui est vital pour leur bienêtre et leur développement. Les expériences positives sont liées à des relations saines entre le personnel enseignant et les élèves, ainsi qu’à des milieux surs où les lignes directrices des limites professionnelles entre adultes et enfants sont clairement établies.

La communauté s’attend à ce que les enseignantes et enseignants donnent l’exemple d’un comportement qui renforce la résilience et la confiance des élèves. Une compréhension plus claire de ce qu’est une conduite appropriée aide les pédagogues à maintenir les limites et à faire preuve de vigilance pour repérer les comportements inadéquats. Nous savons qu’un comportement qui soulève des préoccupations mine la confiance, même s’il n’est pas criminel, car il transgresse des limites qui ne devraient pas l’être.

Comment le programme aborde-t-il la divulgation?

Noni Classen : Malheureusement, on sait que la plupart des jeunes qui ont été victimes de mauvais traitements d’ordre sexuel n’en parlent pas. Pour ceux qui en parlent, la divulgation est rarement un évènement ponctuel. Ils commencent généralement par «tâter le terrain» auprès d’un adulte de confiance, souvent de manière non verbale.

Des relations saines permettent d’établir la confiance nécessaire pour que l’élève commence à parler, et les membres du personnel enseignant sont mieux équipés pour le soutenir tout au long du processus de divulgation. La confiance permet une intervention plus précoce, mais nous savons aussi que ceux qui ont survécu à ce traumatisme et qui se sentent soutenus tout au long du processus de divulgation ont plus de chances de se rétablir.

Avant, on attendait que l’enfant dise quelque chose : tout repose sur la divulgation. Mais cette attente n’est ni réaliste ni responsable.

En quoi ce programme établit-il une nouvelle norme pour les professions règlementées en Ontario?

Noni Classen : Ce programme est une première à l’échelle provinciale, il établit vraiment une norme élevée de protection de l’enfance qui va au-delà du devoir commun de signaler ses soupçons. J’ai pris part à de nombreuses conversations avec des gens de partout au pays, et ils suivent cette initiative de très près.

De nombreux adultes n’arrivent pas à reconnaitre les signes qui indiquent que des enfants sont victimes de mauvais traitements d’ordre sexuel. Ce programme comble cette lacune en sensibilisant davantage les enseignantes et enseignants à ces signes, et en reconnaissant et honorant réellement le rôle important qu’ils jouent dans la vie des enfants.

Quel pouvez-vous dire d’autre sur le travail du CCPE?

Noni Classen : En 2017, le CCPE a lancé le Projet Arachnid, une plateforme web conçue pour détecter les images connues de matériel d’exploitation sexuelle d’enfants sur le web visible et le web invisible, et émettre des avis de retrait. Depuis son lancement, cet outil a détecté plus de 41 millions d’images suspectes et envoyé plus de 8,8 millions d’avis de retrait aux fournisseurs de contenu.

À peu près au même moment, nous avons publié les résultats de notre première Enquête internationale auprès des survivantes et survivants, qui contient des témoignages précieux qui nous aident à mieux servir les familles et les enfants du Canada, ainsi qu’à formuler des recommandations importantes pour les services et les organisations qui sont en contact avec les survivantes et survivants.

Grâce à ces résultats et à notre travail ultérieur auprès des personnes survivantes, nous apprenons à mieux comprendre les répercussions que le matériel d’exploitation sexuelle d’enfants et sa distribution peuvent avoir toute une vie durant. Nous pouvons ainsi préparer des ressources d’information et de prévention, de même que des services de soutien pour les victimes.

Ces deux initiatives clés sont les piliers organisationnels du CCPE : la réduction de la disponibilité du matériel d’exploitation sexuelle infantile en ligne et le soutien aux survivantes et survivants.